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Un homme d'affaires britannique torturé dans une prison libyenne

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L'histoire d'Henry Djaba, un homme d'affaires britannique, kidnappé, torturé et détenu arbitrairement en Libye entre mars et octobre 2010, avait tout pour provoquer une crise diplomatique. Mais, sur fond de reprise des relations entre Londres et Tripoli, l'affaire a fait peu de bruit, donnant lieu à trois articles dans la presse et à un communiqué du Foreign Office qui affirme avoir agi "comme pour tout ressortissant britannique en pareilles circonstances".

M. Djaba, 46ans, estime, lui, avoir été abandonné à son sort, au nom d'intérêts commerciaux. "Durant ma détention, on a dit à ma famille de ne pas alerter les médias. A ma libération, on m'a demandé de ne pas rendre public mon cas, me suggérant même de reprendre mon business en Libye!", raconte-t-il, ajoutant vouloir largement médiatiser "ce crime international".

A Londres, l'homme d'affaires d'origine ghanéenne a déposé une plainte au civil contre la Libye et trois de ses ressortissants – dont Mohammed Treki, fils du ministre libyen des affaires africaines et président en 2009 de l'Assemblée générale de l'ONU –, réclamant 20 millions de livres (24 millions d'euros). Il a aussi intenté une action au pénal.

C'est désormais à Genève qu'il veut agir. L'organisation non gouvernementale suisse Trial (Track Impunity Always) a été mandatée pour porter l'affaire devant le rapporteur de l'ONU sur la torture et le groupe de travail sur les disparitions forcées. Le Comité des droits de l'homme pourrait être saisi. Depuis sa libération, M. Djaba a constitué un épais dossier qui, estime-t-il, "devrait faire réfléchir les hommes d'affaires qui travaillent en Libye".

KIDNAPPÉ EN PLEIN JOUR

Tout avait commencé sous les meilleurs auspices. Au printemps 2009, sa société Lakeland, au départ spécialisée dans le trading pétrolier, joue les intermédiaires dans un projet d'investissement libyen dans deux hôtels de luxe au Nigeria. En février 2010, il signe un très important contrat d'approvisionnement en électricité au Tchad. C'est alors que les choses tournent au vinaigre avec son partenaire, Mohammed Treki : "Il a soudain réclamé une commission de 70 % sur le projet hôtelier, puis exigé que je lui transmette 50 % de ma société. J'ai refusé", raconte M. Djaba.

Le 31 mars 2010, il est kidnappé à Tripoli, en plein jour, par des hommes armés. Les commanditaires, parmi lesquels figurent un général du renseignement militaire et un ancien directeur de la radio et télévision libyenne, s'avèrent être liés à M. Treki.

Henry Djaba est jeté dans un cachot de la prison d'Abou Salim. Jamais inculpé, il sera détenu jusqu'au 3 septembre dans un espace de 1,80 m sur 1,20 m, privé de fenêtre et de lit, sans qu'aucun membre de l'ambassade britannique, pourtant avertie de sa disparition, dès le 6 avril, dit-il, ne lui rende visite. Il est régulièrement battu et drogué. "Ma cellule était infestée d'insectes et je ressemblais à un homme de Néandertal", témoigne-t-il.

PORTER "PRÉJUDICE AUX RELATIONS INTERNATIONALES"


Ses geôliers le traitent de "sale nègre" et le réveillent à plusieurs reprises, lui faisant croire qu'il va être exécuté. Devant son refus de signer un document, l'un d'entre eux le passe à tabac, lui cassant plusieurs côtes. Il est transféré dans un autre lieu de détention : "Tous les jours, ils essayaient de me faire avouer que j'étais un espion, un trafiquant d'êtres humains, un proxénète ou encore un escroc."

Le 13 septembre, alors qu'il est emmené dans un poste de police, M. Djaba rencontre pour la première fois une équipe de l'ambassade britannique à Tripoli. Présenté les jours suivants devant trois procureurs libyens successifs, il ressort libre de toute charge, mais doit attendre le 16 octobre pour obtenir l'autorisation de quitter le territoire. Le 10 novembre, le Foreign Office, en réponse à un article du Evening Standard, se décide enfin à confirmer sa détention. Depuis, plus rien.

M. Djaba s'est adressé le 19 novembre au Foreign Office pour accéder à son dossier – un droit de tout citoyen britannique. Dans un mail du 20 décembre, on lui répond qu'une "exception" pourrait lui être appliquée, dans la mesure où l'accès aux pièces pourrait porter "préjudice aux relations internationales". Une réponse définitive doit lui être communiquée d'ici à la mi-février 2011.