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Libye: les dirigeants arabes sont dépassés

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La question centrale, celle du départ de Muammar Kadhafi, fait peur aux dirigeants arabes.


L'Histoire récente a prouvé qu'une victoire militaire peut se solder par une impasse, voire un désastre politique. L'opération, si poétiquement baptisée "Aube de l'Odyssée", se heurte à ce risque et se déroule avec l'ardent souci de l'éviter. En se montrant heureusement intransigeante sur l'obtention d'un mandat en bonne et due forme de l', la France a agi pour le mieux et, à vrai dire, avec une grande dextérité. Elle a infléchi le cours des événements internationaux dans le sens de sa propre conception du droit, et c'est une grande victoire. Il y a exactement huit ans, le 20 mars 2003, sans mandat des Nations unies en raison du veto français, les troupes américaines et britanniques envahissaient l'Irak pour faire tomber le dictateur Saddam Hussein. La différence est de taille. Mais voici que resurgit en d'autres termes la même question, celle du destin réservé au tyran. 

Quel serait le bénéfice réel de l'offensive militaire dirigée contre ses forces si Kadhafi se maintenait, même en miettes, au pouvoir? Le 25 février dernier, à Ankara, Nicolas Sarkozy déclarait sans ambages: "Monsieur Kadhafi doit partir." Le 26 février, Barack Obama surenchérissait en affirmant que le leader libyen devait "partir maintenant". Malgré toutes les précautions oratoires pour enfouir aujourd'hui cet objectif, la question centrale reste celle du départ de Muammar Kadhafi. 

Or c'est précisément ce qui fait peur aux dirigeants arabes, assez peu portés vers la démocratie en général. Pour la première fois, des pays occidentaux appuient militairement une rébellion - que l'on suppose démocratique - au sein d'un pays arabe. Pour cela, autre première, ils ont non seulement obtenu le soutien de la Ligue arabe, mais ils ont été encouragés par cette instance à entrer en action. Pour finir, le pays arabe le plus avancé, le Liban, a joué un rôle décisif à l'ONU. Résultat, trois mois après avoir débuté, en Tunisie, le "printemps arabe" implique une "participation" occidentale: c'est le tournant essentiel que marque l'affaire libyenne. 

D'où l'inquiétude qui survient. Sitôt après avoir approuvé la "no-fly zone", le secrétaire général de la Ligue arabe, l'Egyptien Amr Moussa, a fait un pas en arrière en estimant que "ce qui se passe en Libye diffère de l'objectif d'imposition d'une zone d'exclusion aérienne". Double langage très significatif des limites que se sont fixées les régimes arabes. De même, les participations des forces armées arabes aux opérations militaires laissent beaucoup à désirer. 

L'opération "Aube de l'Odyssée" repose sur un triple pari. Celui d'aider les insurgés libyens à sortir de leurs repaires pour prendre le risque du combat frontal. Celui de voir un mouvement de rébellion entraîner tout un peuple contre un tyran pour le renverser. Celui, enfin, d'une convergence de valeurs entre le nord et le sud de la Méditerranée autour de l'aspiration légitime des peuples à la liberté. Face à l'ampleur de tels changements, les dirigeants arabes ne peuvent cacher leur réticence. Ils montrent qu'ils n'ont consenti à la zone d'exclusion aérienne en Libye que par crainte de leurs propres opinions publiques choquées par les tueries de Kadhafi et poussées par des vents démocratiques. Ils s'avouent dépassés par les "révolutions arabes".

 

(L'Express)