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Tunisie : la journée qui a fait tomber Ben Ali

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* Ghannouchi, chef d'Etat par intérim

Un mois de manifestations ont fini par faire vaciller vingt-trois ans d'un règne sans partage. Au terme d'une ultime journée d'émeutes particulièrement violentes à Tunis, le président tunisien Zine El-Abidine Ben Ali a fini par quitter le pays, vendredi 14 janvier. La radio privée tunisienne Nessma a annoncé dans la soirée l'arrestation de son gendre et d'autres membres de sa famille.

La destination de Ben Ali était toujours incertaine, vers 21 heures. Selon des informations du "Monde", un avion en provenance de Tunisie s'est posé au Bourget vers 19 h 30, transportant une fille et une petite-fille de M. Ben Ali accompagnées d'une gouvernante. Un second avion arrivant à vide a été invité à ne pas atterrir sur le sol national. Un troisième avion était également en route pour Paris. Au plus haut niveau de l'Etat français, on indique ne pas souhaiter la venue de M. Ben Ali en France.

Le ministère des affaires étrangères a assuré "n'avoir reçu aucune demande d'accueil" du président tunisien en fuite et examinerait toute éventuelle requête "en accord avec les autorités constitutionnelles tunisiennes".

Selon i-Télé, Nicolas Sarkozy aurait refusé au président tunisien  l'accès au sol français. Selon la chaîne de télévision Al Jazira, l'avion présidentiel, refoulé de la France, se dirigeait vers un pays du Golfe. La chaîne Al-Arabiya le donne en partance vers le Qatar.

* Ghannouchi, chef d'Etat par intérim

 

Le premier ministre, Mohamed Ghannouchi, assure depuis vendredi l'intérim de la présidence avec le soutien de l'armée. "Conformément à l'article 56 de la Constitution, j'assume provisoirement à partir de cet instant la charge de président par intérim", a annoncé M. Ghannouchi à la télévision. Il s'est également engagé à respecter la Constitution et a appelé  "les Tunisiens toutes sensibilités politiques et régionales confondues à faire preuve de patriotisme et d'unité".

L'agence officielle précisé, plus tard dans la soirée, qu'un décret signé par Zine El Abidine Ben Ali avant son départ le désigne président. Le recours à l'article 56 est contesté par des juristes qui relèvent qu'il se réfère à "un empêchement provisoire du président de la République", ce qui pourrait laisser supposer que M. Ben Ali n'a pas renoncé définitivement au pouvoir.

Le nouveau président a également annoncé qu'il "rencontrera [samedi] les représentants des partis politiques afin de former un gouvernement qui, je l'espère, répondra aux attentes."

 

* Vendredi, jour d'insurrection


Acculé par la pression de la rue, Ben Ali avait fini par promettre, jeudi soir à l'occasion de son troisième discours depuis le début des troubles, de quitter le pouvoir à l'issue de son mandat, en 2014. Insuffisant, pour ses opposants. Les manifestations hostiles au pouvoir ont pris de l'ampleur et ont dégénéré vendredi dans le centre de Tunis et dans plusieurs villes de province.

Alors que des blindés étaient déployés devant le ministère de l'intérieur, de violents heurts ont opposé des manifestants et des policiers anti-émeutes.



L'envoyée spéciale du Monde a décrit des "scènes inimaginables il y a encore quelques jours". Les manifestations – qui ont rassemblé plusieurs milliers de personnes – se sont également déroulées à Sidi Bouzid, Regueb, Kairouan et Gafsa.

Le bilan des affrontements est incertain, mais plusieurs témoins, dont l'envoyée spéciale du Guardian, ont entendu des coups de feu dans les rues de la capitale et ont raconté avoir vu des policiers poursuivre des civils jusque sur le toit des immeubles. La situation semblait relativement calme à Tunis dans la soirée, mais des tirs d'armes automatiques ont été entendus. Jeudi soir, treize civils auraient été tués par des tirs des forces de l'ordre, à Tunis et dans sa banlieue, selon des sources médicales.


Plusieurs centaines d'émeutiers se sont également attaqués aux domiciles de la famille Trabelsi, du nom de Leïla Trabelsi, la femme du chef de l'Etat tunisien.

* Etat d'urgence


Le gouvernement a annoncé avoir décrété l'état d'urgence dans l'ensemble du pays avec un couvre-feu s'étirant de 17 heures à 7 heures du matin, l'interdiction des rassemblements sur la voie publique et l'autorisation donnée à l'armée et à la police de tirer sur tout "suspect" refusant d'obéir aux ordres.

* Le gouvernement limogé


Dans l'après-midi, Ben Ali avait annoncé le limogeage de son gouvernement et l'organisation d'élections législatives anticipées dans six mois, "dans le cadre de mesures [d'apaisement] annoncées jeudi".

* L'aéroport sous le contrôle de l'armée
L'armée a pris, en fin d'après-midi, le contrôle de l'aéroport international de Tunis-Carthage, et l'espace aérien a été officiellement fermé alors des milliers de touristes européens étaient rapatriés.

Aux alentours de 16 h 30, un important convoi officiel, composé d'une dizaine de véhicules aux vitres teintées, avait quitté en trombe le palais de Carthage, dans la banlieue nord de Tunis, en direction de l'aéroport international. Un peu plus tôt dans l'après-midi, deux avions Falcon blancs s'étaient envolés de ce même aéroport de Tunis-Carthage.

* La France déconseille tout voyage


La compagnie Air France a annulé jusqu'à nouvel ordre tous ses vols à destination de Tunis ainsi que les sept vols prévus au départ de l'aéroport tunisien samedi et dimanche d'une capacité totale de quelque mille cent passagers.

Le ministère des affaires étrangères français, dans une actualisation vendredi de son site Internet, conseille désormais "vivement" aux personnes se rendant en Tunisie de "différer tout voyage qui n'aurait pas un caractère d'urgence" dans ce pays.

* L'ambassadeur tunisien à l'Unesco démissionne
Refusant de "cautionner l'évolution de la situation", l'ambassadeur tunisien à l'Unesco, Mezri Haddad, a annoncé vendredi en début d'après-midi sa démission sur le plateau de BFMTV. Le Monde reproduit la lettre de démission qu'il a envoyée au président Ben Ali.

(LeMonde)